Et si c’était le moment

Si elle venait me chercher …… alors que jusqu’à maintenant c’était moi qui courait après elle.

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Depuis 23 ans, je joue au chat et à la souris avec elle, tantôt en prenant des risques démesurées ou bien en caressant ma peau déjà abîmée avec ce petit ustensile froid que je tiens du bout de mes doigts et dont l’odeur d’acier me pique le nez.

Très souvent je t’ai supplié de venir me chercher car j’avais mal, mon cœur qui pleurait, cassé en mille morceaux par la douleur, la souffrance, la solitude, la tristesse, la peur, la honte de la personne que je suis, la culpabilité d’être en vie après cette maladie. Oh ça oui je t’ai prié jour et nuit, en me cachant pour pleurer de désespoir, pour que tu viennes me soulager.
Mais… tu ne venais pas, chaque jour, chaque nuit, je t’ai attendu, durant ces nuits où j’avais si froid, les larmes qui coulaient me glaçaient le sang …
Chaque jour, chaque nuit j’étais de plus en plus mal, je me disais « toi non plus tu ne me crois pas, toi non plus tu ne me prends pas au sérieux quand je te dis que je veux que ça s’arrête maintenant ? Tu préfères me laisser souffrir seule. »
Chaque jour, chaque nuit, je serrais de plus en plus fort ce doudou qui me suit depuis que je suis toute petite et je me disais « si c’est toi qui vient me chercher je sais que l’on ne me traitera pas d’égoïste ! » Alors je t’ai attendu … nuit et jour.

Moi aussi j’avais « 13 reasons why » voire même peut être plus … mais je n’avais pas le courage de le faire, et pourtant j’en ai eu souvent des occasions, celle que j’ai touché du bout du doigt remonte à février 2014, où il ne suffisait que d’un seul petit pas pour que ça s’arrête là, maintenant, mais quelque chose m’a retenu, serait-ce ce texto ? je ne sais pas. Pourtant je me sentais prête à m’envoler, mais tu n’as pas voulu de moi, tu m’as repoussé, tu m’as rejeté. POURQUOI ? Je le verrai toujours ce coin au bord de la rivière avec ce soleil voilé par la brume et le froid … Chaque jour qui m’éloigne de cette date, je regrette de ne pas avoir fait ce tout petit pas qui aurait effacé ces souffrances à tout jamais.
Je sais que personne ne m’a jamais pris au sérieux. La fille qui fait tout pour que l’on s’intéresse à elle … ce n’est pas moi qui le dit ce sont elles, ces filles …

Faire semblant que tout va bien, avoir le sourire à longueur de journée … je n’y arrive plus, je n’ai plus cette force. C’est la seule chose que tu as emmené avec toi jusqu’à maintenant, ma force. Pourquoi ne m’a pas avoir voulu m’emmener tout entière.
Je sais que si tu m’emmenais je ne serais pas une grande perte pour beaucoup de personnes.
J’ai fait plus de mal que de bien dans ma courte vie … je suis un monstre. Les monstres vont enfer, non ? Ou ce n’est que dans les légendes que l’on dit ça ?
Si tu ne viens pas comme je te le demande, je prendrais mon courage à deux mains et j’irais te chercher, on me traitera de « sale égoïste » mais tant pis. Je ne me battrai pas, je ne me battrai plus.
Alors, oui… j’ai peur de toi car tu es une inconnu … il parait que tu es belle d’après les dires de ceux qui t’ont frôlé, tu es blanche et très lumineuse, voire même aveuglante. Il paraît que l’on est plus le même après ça ! Est-ce que tu les a soulagé de leurs souffrances ? As tu tout effacé et surtout leur as tu donné une nouvelle chance ?
Pourtant, il y a 34 ans je t’ai frôlé moi aussi, tu m’as laissé une seconde chance en me laissant dans les 20% de bébés qui ont survécu à la maladie. Une chance ? Si j’avais su la vie que j’aurais, j’aurais préféré que tu m’emmènes avec toi ce jour là…

Tu me laisses sombrer … tu me laisses souffrir … tu me laisses creuser ma propre tombe seule … Je te hais !
Toi qui est mon amie et mon ennemie à la fois.

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